Parc des Expositions de la Porte de Versailles (Paris 75015)

Je dédicacerai mon dernier livre, Rencontres Meurtrières,au Salon du Livre deParis, sur le stand des éditions Anfortas le samedi 19 mars de 14 à 19 heures.

 

Voici quelques extraits de ce roman, policier-psychologique, qui vous donneront peut-être envie de le lire.

Adèle

Dans le brouhaha une voix de femme se détacha qui disait à une autre : « Il est mignon ce petit chinois ». Le visage d'Adèle s'illumina aussitôt, et un rire sardonique s'échappa de sa bouche édentée ; triomphante,elle pointa son index déformé vers un individu imaginaire, en s'écriant : « Je sais qui tu es ! Le tueur en série, c'est toi, j'ai les preuves, tu ne m'échapperas pas... » Quelques personnes se retournèrent pour la regarder, étonnées, à la recherche du personnage invisible auquel elle s'adressait. Ignorant totalement leurs réactions, elle poursuivit son monologue en désignant du doigt le criminel sanguinaire qui massacrait les femmes enceintes, et dont elle venait de découvrir l'identité.

 

Florence

À la Maison d'Arrêt de Fresnes, en franchissant le portail électrique de la première division, Florence croisa un groupe de détenus pressés de s'aérer et de faire du sport, qui s'engouffraient dans la cour, sous l'œil attentif et méfiant de trois surveillants... Le grand costaud au crâne rasé qui tenait un ballon de foot sous son bras, lança à Florence un joyeux : « Bonjour Doc... » Florence répondit à son salut d'un signe de la main. Il était incarcéré pour avoir frappé à mort une dame très âgée au cours d'un cambriolage... elle repensa à la réflexion qu'il lui avait faite lors de leur dernier entretien.

« J'voulais pas la tuer, j'ai pas tapé si fort que ça, j'vous l'jure, mais comment j'pourrais être vraiment triste parce qu'elle est morte doc ? J'la connaissais pas du tout moi cette femme là... »

 *

Martin

J'ai aimé le contact des garçons bien avant de prendre conscience qu'il pouvait s'agir d'une attirance sexuelle. Avec eux, tout m'a toujours semblé facile et naturel : chahuter, bousculer leurs corps fermes et nerveux, rire de leurs grossièretés, pisser le plus loin possible, ou pire, rivaliser en prenant des risques insensés. Et comme eux, avec le temps, je suis devenu un adepte de ce mutisme dont les hommes recouvrent leur chagrin...

Dès le début de l'adolescence, à l'âge ou garçons et filles contemplent avec attention leurs différences, commencent à s'entremêler dans des jeux réels et imaginaires, je me suis mis en retrait. Je voyais apparaître un monde nouveau dans lequel je n'avais pas ma place, et que j'observais de l'autre côté d'une vitre épaisse. Au cours de cette première rencontre avec moi-même imposée par le sentiment de solitude, j'ai admis sans réticence que j'aimais et désirais les garçons, depuis toujours. Une autre vérité éclatait : jamais je ne pourrais étreindre le corps d'une femme, c'était ça, la grande révélation.

 

*

Florence

Elle se demandait pourquoi tant d'hommes, même les plus machistes, la fuyaient rapidement, comme si elle les inquiétait. « Pas étonnant » lui disait Martin, « tu les prends pour des godemichés... »

Losque certains, dans un excès de tendresse ou de toute-puissance, insistaient et essayaient de l'entraîner dans les ébats de la séduction, l'exaspération balayait vite le plaisir. Il lui était arrivé de se rhabiller et de partir précipitamment.

Elle ne désirait qu'une jouissance brève et forte. Jouissance sans fantasmes, silencieuse, sans râles ni cris, mais dont l'intensité ne laissait jamais le moindre doute à ses amants. C'était ça qu'elle attendait d'un partenaire, ça, et rien d'autre.

 

*

Tony

Lorsque j'entre dans le bureau, menottes aux poignets, pour l'interrogatoire, je perçois une lueur de surprise dans le regard des deux policiers qui m'attendent. Ils se présentent, puis ils restent silencieux, longtemps, sans ébaucher le moindre geste. Lorsque Larchant arrive – le flic qui m'a arrêté- , Blain, le commissaire divisionnaire, va s'installer à son bureau ; il tripote nerveusement sa moustache rousse, le front plissé à l'extrême. Le jeune policier ne change pas de position : debout, immobile, appuyé contre un meuble,les bras croisés ; mais maintenant il fixe ses chaussures, ma vue lui est probablement insupportable, et je devine que la pâleur de son visage reflète l'horreur que je lui inspire. Larchant s'assoit sur une chaise, un peu à l'écart des autres. Il fait sautiller un stylo entre deux doigts, avec une certaine nonchalance. Parfois il s'arrête et tourne sa tête vers moi, un demi-sourire aux lèvres, comme s'il essayait de me rassurer. Mais je déteste la façon dont il me considère depuis qu'il a recueilli mes premiers aveux, je n'aime pas sa bienveillance, elle m'oppressse, comme le calme qui règne dans cette pièce. Je préfère l'agitation bruyante du reste du commissariat, je préfère voir briller les éclats de haine dans les yeux de Blain à chaque fois qu'il me regarde. La guerre m'est familière, et je ne la crains pas, mais la paix représente pour moi une énigme menaçante.

 

*

 Adèle

certains au passage lancent des réflexions, comme ce grand type l'autre jour : il s'arrête devant moi alors que je sauvais un vieux parapluie. Il avait une barbe de trois jours, comme ils ont tous en ce moment, c'est moche, mais c'est malin comme trouvaille, ça permet à des tas de mecs de cacher leur sale tronche, et celui-là, il était vraiment vilain. Il me dit : « Mais qu'est-ce que tu vas t'emmerder avec ce vieux pépin, mamie, tu devrais le laisser dans la poub', il est complètement déglingué, il ne sert plus à rien ! » La tête qu'il a faite quand je lui ai répondu, calmement, mais fermement : « D'abord, je ne suis pas ta mamie, je m'en voudrais d'avoir un petit-fils aussi con ! Et d'autre part, à quoi tu sers toi ? Je t'assure que si tu tombes dans une poubelle, personne n'aura envie de te récupérer ! » Il est resté muet de surprise, le grand costaud...

 

Rencontres meurtrières - Jacqueline Zinetti dedicaces 2015

À bientôt, sur le stand des Éditions Anfortas.