Le cas Eduard Einstein blog005

 Albert au violon et Eduard au piano jouent ensemble une sonate de Brahms sous les yeux de Milena. Mais ce tableau familial, paisible en apparence, se déroule dans un contexte tragique. Nous sommes en 1933, Hitler est au pouvoir depuis trois mois et Albert Einstein est contraint de quitter Berlin. Avant d'embarquer pour l'Amérique, il est venu dire au revoir à son fils à l'asile psychiatrique suisse où celui-ci, âgé de vingt-trois ans est hospitalisé depuis quelques années déjà, il souffre d'une schizophrénie. Milena, « la boiteuse », qui a beaucoup souffert de son divorce avec Albert, regarde cette scène tristement, elle a le pressentiment que cette rencontre entre le père et le fils sera la dernière.

L'auteur décrit la complexité affective d'Albert Einstein qui aimait ce fils fragile et sensible, mais qu'il ne chercha jamais à revoir ; l'explication se trouve peut-être dans cette phrase du grand savant : « Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution. » Eduard passera le reste de son existence dans cet établissement, très seul après la mort de sa mère avec laquelle il entretenait une relation fusionnelle.

Ce roman, très bien écrit, associe avec talent fiction et réalité. Mais ne croyez surtout pas que les épisodes délirants fantastiques du jeune Eduard sortent de l'imagination de l'écrivain, au contraire, ils sont particulièrement fidèles à la pathologie schizophrénique et nous rappellent que Laurent Seksik est médecin. 

Ce livre est d'une grande richesse émotionnelle, mais les vécus affectifs des personnages y sont décrits avec finesse, et ne sombrent jamais dans un pathos racoleur.

Laurent Seksik a du talent, lisez ce livre qui vous donnera l'envie de connaître toute l'oeuvre de cet auteur.